Pendant l’été 2023, nous rêvons avec mon groupe d’amis en regardant les topos italiens. Et si on y allait ?
Fin d’été, nous n’avons encore rien organisé. Rien ? Si, Nathan est parti il y a trois jours à vélo, nous le rejoindrons à Cortina. En France, le jour de sa date d’arrivée au pays des pizzas, c’est la panique à bord. Mais en fait, les dolos, c’est super loin !! Qui vient réellement ? Et comment on y va ? Après une journée d’indécision où on se demande si on ne proposerait pas plutôt à Nathan un billet de train et une grande voie dans les Gillardes, on se décide enfin à partir. On roule la moitié de la nuit dans la canicule, on dort dans un champ et on arrive a destination seulement 24h après notre ultra-cycliste.


« Attention aux Dolomites: mauvais rocher, cotations historiques, équipement douteux, itinéraire paumatoire, descentes mystérieuses … », « Le final du guide y a lieu chaque année, c’est pas pour rien ».
Franchement intimidés par les histoires autour de ces lieux (et par la prévision d’orages à 14h), on commence tout doucement avec une belle voie équipée suivie d’une journée de randonnée autour des Tre Cime pour s’impregrer des lieux.
Un petit créneau météo se dessine pour le lendemain, on part pour l’historique voie Cassin à la Cima Ovest di Lavaredo. Ouverte en 1935 par Ricardo Cassin et Vittorio Ratti après que 27 cordées aient buté dans cette face nord très déversante. Ils ont trouvé la solution par quatre longueurs très gazeuses en traversée au-dessus des toits. Et bien, ça en dit long sur l’audace des anciens ! Ces longueurs sont maintenant grimpables en libre (7a max) dans un style moderne: des arquées dans du penché. Pour notre part, ça grimpe en libre, ou du moins ça essaie … Mais il s’agirait de ne pas tomber sur les vieux pitons tout de même.
Avant d’arriver au sommet, le ciel s’assombrit et les cheveux montent vers le ciel. On a peut-être un peu trop joué avec l’orage ! On passe en courant au sommet, on reviendra pour la photo. Et ce n’est qu’après plusieurs centaines de mètres de descente sur la voie normale qu’on s’arrête enfin enlever les chaussons et ranger les cordes. Finalement, on s’en tire avec une grosse averse de grête … Et une bonne leçon !



Le lendemain, on émerge péniblement de nos duvets pour aller grimper le Spigolo Giallo en face sud de la Cima Piccola. Cette fois-ci, on aurait presque espéré un orage afin d’avoir une excuse pour prolonger la nuit ! Heureusement, Mag est là pour nous motiver et la voie vallait le coup. Des 5c et des 6a en dévers à bacs, exceptionnel ! En plus, ça protège plutôt bien. Fatigués comme on était, ça ne nous a pas tellement semblé plus facile que la veille et les touristes au pied de la face nous ont probablement entendus râler à chaque noeud dans les rappels.
Le soir, on quitte le parking bondé des Tre Cime pour aller manger une pizza bien méritée et dormir à côté d’un lac un peu plus loin. On prépare les tente, les duvets … Il manque le duvet de Manon ! On se disait bien qu’on avait de la place dans la Dacia … C’est reparti pour un aller-retour où on trouvera miraculeusement le duvet, mis de côté et protégé de la pluie par un sac poubelle par des âmes charitables. Bref, notre niveau de fatigue commence a être inquiétant, on prend quelques journées de repos / trail / salle sous la pluie pour réccupérer.
Petite sélection de bivouacs italiens avec une mentione spéciale pour la photo de gauche: « j’ai super bien dormi cette nuit, je me sentais bercée … Ah mais attends, je flotte ! »



Notre petit groupe s’est séparé, Mag et Manon devant rentrer en France. Elles ont ramené avec elles la précieuse Dacia, tandis que Nathan et moi repartions en stop vers la Marmolada. On se cache dans un immense champ partagé avec des ânes et des vaches (élément de contexte important pour la suite de l’histoire) qui essaient de brouter notre tente pendant la moitié de la nuit. On rentabilise la journée de pluie du lendemain en allant visiter le refuge Falier sous la face sud, déposer du matos et repérer le départ de la voie du lendemain. Un article trouvé sur internet disait que Don Quixote sèchait très vite … La pluie s’arrête à 20h, on n’a cas essayer ! Le coup de pocker fonctionne, la voie est pratiquement sèche le lendemain et on se fait plaisir dans ces belles dalles. La descente en face nord se passe bien, on est pris en stop tout en haut des pistes par des employés de la station de ski qui nous reposent à notre bivouac et on rentre ravis et étonnés d’être là si tôt. La Marmolada, c’est un peu Céuse sur 800m, avec des lunules à la place des spits. On en redemande bien sûr ! On se motive pour les Temps Modernes ou Tempi Moderni, décrite comme une « classique extrême » (qui de nos jours est devenue une classique tout court) de la face sud. On en a marre de se lever tôt et toujours pas le budget de payer le refuge, alors on choisit la stratégie sur deux jours. On se laisse cueillir dans la première longueur qui a plutôt semblé 8a avec le sac, puis on déroule plus ou moins dans de belles dalles jusqu’au bivouac. Bonne surprise, des matelas sont posés à la vire intermédiaire, on dormira mieux que prévu 🙂






Le lendemain, on erre un peu dans les dalles sommitales et on a fera un bon jogging sur l’arete pour attrapper la dernière benne. Ah oui, parce que la descente à pied … On la fait une fois, pas deux ! Envolés nos beaux discours sur l’aberration des remontées mécaniques en montagne. De fait, on rentre tôt au champ qui nous sert de bivouac. Mais cette fois la bonne humeur est de courte durée: des vaches viennent de dévorer toutes nos provisions ! Elles ont même fait engloutti le réchaud …
Bref, il est temps de rentrer. Mais ça, ça va, c’était facile ! Le stop en Italie, c’est toute une affaire. Dire que ça marche mal est un euphémisme. Après avoir parcouru seulement 150km en une journée, on se résigne à réserver un blablacar. C’est le craquage: s’en suivront un train, une nuit au milieu d’un parc, deux trains, une dernière pizza à Suze avant de finir notre périple.
Ciao l’Italie, on reviendra ! (mais pas en stop)


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