Un Chantier bien corsé

Pendant la formation du DE, nous avions une pause de trois semaines au printemps. Assez rapidement se monte une petite équipe qui a à coeur de la rentabiliser ! Alex, Emma et Jerôme sont facilement convaincus d’y aller à vélo. Gwendal nous rejoindra plus tard avec son camion.

La veille du départ la météo annonce une semaine de déluge, neige au col de Bavella, et notre ferry est annulé au dernier moment … Réunion de crise, réorganisation, changement de stratégie: adieu les classiques de Bavella, à nous les grands murs sauvages de Portu.

Sortis du ferry, on pédale toute la soirée et le lendemain. On est bien chargés avec nos trois jeux de friends, heureusement que les cols sont ni longs ni raides en bord de mer !

Le lendemain de notre arrivée, on visite la Fine Equipe aux Cascioni avec Emma. Sous les averses de grêle avec un bonus errance dans le maquis et retour à minuit. Une entrée en matière efficace donc.

Le lendemain repos, resto, tarot (triptique classique lorsqu’on voyage à vélo sous la pluie). Ensuite nos plans sont encore repoussés par la pluie. Frustrée, je laisse les copains et pars repérer l’approche des Signore et faire une dépose matériel. Je me perds pendant cinq heures (ça laisse le temps d’évacuer sa frustration), re-cairne l’approche et apprends à mes frais les règles du maquis Corse. J’ai découvert le cairn de progression, concept psycologiquement inconfortable mais très utile. Cela nous permettra de profiter des 500m d’Ava Basta (ça suffit ! en Corse, nom d’une asso locale en lutte contre les violences racistes). Mention spéciale pour la dernière longueur en 6c avec des prises comme je n’en ai jamais vu ! Exceptionnel.

Gwendal nous rejoint le lendemain, on fait une cordée de trois pour aller gravir le Fil de l’Epée sur le célèbre et sauvage Capu d’Ortu. Cette face fait partie de la dizaine de faces Corse vierge de tous spits. L1 et L5 sont certes exceptionnelles, mais le reste (400m tout de même) sert de liaison. On a le temps de se plaindre pendant l’interminable descente à pied et ça reste un bon repérage pour la suite des affaires …

Le Chantier ! Un nom qui veut tout dire. Ayant vu le nom de la voie passer dans les magazines plus souvent que dans les topos, j’étais vraiment impressionnée. C’est l’enthousiasme (la folie ?) d’Alec qui me permettra de me projetter dans la voie. Après avoir les informations au près de l’ouvereur Thierry Souchard et des copains Louna et Nils qui ont déjà parcouru la voie, il reste un point d’interrogation. L13, (7a+ sur le papier, 7b+ d’après les manifestants), dont la description me fait faire des cauchemards:

« Départ par un pas bloc à droite d’une renfougne bouchée (improtégeable mais « parade » possible depuis la vire. Rejoindre une niche puis en sortir par la droite. Franchir plusieurs crux difficilement protégeables en naviguant à droite à gauche mais en restant dans l’axe jusqu’à une strate horizontale. Traverser horizontalement sur 6/8 m puis par un pas, rejoindre une lunule et poursuivre droit au-dessus encore 10 m (relais sur friends).« 

Alec s’engage à faire la longueur alors j’accepte de partir dans la voie, encore un peu à reculons. Heureusement, un couple de corses nous invite à boire l’apéro et mes doutes se dissipent dans des odeurs de Ricard.

La nuit a été un peu courte et la marche d’approche permet de finir de décuver (pour en être bien sûrs on fait des détours). On part en fin de matinée dans la face et on se fait sévèrement secouer dans les premières longueurs ! Ca ne protège pas si bien et il faut s’employer. Les ouvriers assidus que nous sommes font même des heures sup’: le hissage n’est pas évident, on perd pas mal de temps et il fait déjà presque nuit sous le premier 7a+. J’atteins le haut avec une éthique douteuse et Alec tombera au crux, seule longueur qu’il lui manqueta. Il repart dans le 7a suivant (renfougne – toit, incotable) pour un énorme combat de rue nocture. Trop motivé par l’enchainement, il en oublie de protéger. En second, je n’ai pas l’allonge pieds – épaules pour passer et j’en ai marre de me battre à 22H. Il ne me reste qu’une seule solution … Le base-jump nocturne ! J’en suis quitte pour une remontée sur corde plein gaz et je le rejoins tant bien que mal au relais pour repartir chercher le bivouac. Déception, c’est une mauvaise vire étroite et remplie de charbons. Qu’à cela ne tienne, on est trop fatigués, on dormira. Reveillés à 6h du mat’ par une pluie imprévue, c’est reparti pour une deuxième journée. Les longueurs s’enchainent bien, ça protège mieux et le hissage est moins lourd. On arrive à la vire sous L13 à midi, on en profite pour prendre une bonne pause avant d’attaquer le monstre. Appréhension méritée, c’est vraiment une longueur qui se mérite ! Bravo à Alec, même à l’assurage j’ai passé un mauvais moment. La longueur est un bon cran au dessus du reste en termes de difficulté obligatoire (plutôt 7a ?). On est bien contents d’atteindre le sommet quelques longueurs plus tard ! Une chose est sûre, la voie porte bien son nom. Et l’escalade est exceptionnelle, toutes les variations de l’escalade en fissure sont présentes sur un rocher orange raide et parfait.

Quasiment vierge de tout équipement (un piton dans L1, deux pitons dans L2, une cordelette au rappel et deux câblés coincés dans le haut), l’itinéraire est logique et les relais sont tous bons. Nous avions un jeu triplé dans les tailles moyennes, doublé de #0.2 à #4, un #5 et de nombreuses dégaines rallongeables (très utiles).

Après ce beau chantier nous étions rassasiés d’escalade et on a acceuilli avec philosophie les journée de pluie qui suivaient. On en profite pour rentrer à vélo par les terres: cela nous ajoute un peu de dénivelé à vélo mais permet de découvrir le paysage et les cochons sauvages, et de re-croiser nos amis corses. Sur leurs bons conseils, on dîne à la Petite Voile Rouge à Sagone. La patrone nous laisse la terrasse couverte pour que nous puissions dormir au sec et nous offre le café le lendemain. Quelle belle rencontre ! Merci à elle, on reviendra 🙂

Les derniers jours, on rentre tout doucement à Ajaccio, on fait les touristes (pluie oblige …) et on une petite session couenne au-dessus d’Ajaccio avec encore des coincements de genoux vue sur la mer. Majeur !

Bilan, la région de Portu est très adaptée pour l’escalade à vélo même en trad car les cols sont eu raides (6-7% max) et pas trop longs. Dès que nous sortions des routes principales, il n’y avait pas trop de circulation. C’était facile de poser les vélos et saccoches pour aller grimper, on ne s’est jamais sentis inquiétés par le vol. Aucun problème dans le ferry également.

A bientôt la Corse !

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