Après des années à détester la fissure, il m’aura suffit d’un été à Chamonix pour m’en passionner. Le travail à l’UCPA n’était pas un bon entrainement en rési alors j’ai vite apprécié le fait de pouvoir coincer une main pour se reposer à tout moment au milieu des crux.
Alors forcément quand Yanis et Leo me proposent un camp de base en Suisse pour visiter Ave Cesar (ED4 / 7c / 300m) au Petit Clocher du Portalet, je n’ai pas hésité longtemps !


L’approche depuis le sommet du télésiège est courte, heureusement car on s’est lâchés sur les provisions. On pose les tentes dans le sable de la moraine, c’est la plage, on peut même faire des chateaux de sable. Exactement le genre de trip dont je rêvais en cette fin d’été !
Le lendemain, une courte traversée nous pose au pied du socle, rapidement avalé par Yanis qui avait déjà fait la voisine Etat de choc dont les trois premières longueurs sont communes. Chaque longueur est ponctuée par un pas de bloc qui invite déjà à se concentrer. C’est pas les 6b+ de Sale Athée ici !
La pression remonte d’un cran pour franchir la fameuse écaille de la quatrième longueur en 7b+. A l’origine pensée pour être gravie en offwidth par l’intérieur (la base de l’écaille arrêtant théoriquement une chute), le grimpeur morderne aura plutôt envie de passer dehors dans les arquées … Mais attention au solo ! La vire de départ se fera un plaisir d’acceuillir le grimpeur trop téméraire. La suite protège très bien (pas de bloc sur spits puis belle fissure). Yaya fait à vue après un beau fight, nous autres pauvres mortels tomberons au pas de bloc.
Je prends la suite dans le 6c (ressenti 7b+) et pinaille un moment dans la fissure large. Je rejoins finalement le relais et repars dans le court mais très beau splitter en 7c (taille #0.2 à #0.4) dont j’artiferai les deux derniers mètres trop durs pour moi.
Je laisse la place à Leo pour le grand 7c (taille #0.5 et #0.75, final en fissure fine). Fin de journée oblige, il fera la part belle à l’artif. Heureusement la vire de départ est idéale pour faire la sieste en attendant 🙂 En moulinette, on peut bien avancer mais on se fait vite rattrapper par sa rési quand on n’est pas rodé au style. Les coincements ne sont pas faciles à placer et la tentation du Dülfer arrive un peu trop vite !
Le ciel se couvre et on plie bagage au sommet de la longueur. On reviendra demain !





C’est la première fois que je retournais dans une grande voie. Logiquement, la deuxième journée déroule beaucoup plus et l’escalade libre y est bien plus présente. Nous découvrons la dernière longueur et le cairn qui sert de sommet au Clocher du Portalet. Pour l’anecdote, on a croisé un copain qui sortait de la face sud. Il était parti de Cham en parapente à midi: la grande classe.
Dans la voie, nous sommes rapidement rattrapés par un ovni qui randonne sans gants de fissure et avec la moitié de notre rack de friends. Nous comprenons rapidement qu’il s’agit de l’ouvreur de l’itinéraire: Didier Berthod. Légende de l’escalade en fissure mais très humble et super sympa. Au vu de la fréquentation, il se sentait responsable de la sécurité des grimpeurs et est venu rééquiper les relais et les quelques spits. Jusqu’à maintenant, c’était des douilles de spéléo qui ne s’enfonçaient que de 2cm dans le mur … Et apparament toutes rouillées à l’intérieur.
Nous avons discuté de l’écaille et je crois l’avoir motivé à rajouter un spit, argumentant que les « nouveaux » grimpeurs passaient plutôt à l’extérieur, rendant l’escalade très exposée. Le perfo ayant rendu l’âme entre temps, je ne sais pas s’il l’a finalement posé. Avis aux prochains ? En tout cas, j’ai appris que le nom de la voie vient justement de ce passage: Avē Cæsar, moritūrī tē salūtant (en latin: Salut César, ceux qui vont mourir te saluent).
En tout cas, c’était un plaisir de partager la journée avec lui. Les discussions au relais étaient enrichissantes. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on en a pris plein les yeux en le voyant dérouler dans les longueurs ! Une belle leçon d’escalade.
Ave Cesar, on reviendra l’année prochaine !
Quelques infos:
- Nous avions un jeu triplé de #0.3 à #0.75, le 001, 002, #1, #2 et #3 doublés et un 000. Ça suffit largement pour passer, mais pour être vraiment confortable à notre niveau, il aurait fallu le #0.2 triplé, le #0.75 x4 et le #0.5 x5. Le deuxième jour, nous avons aussi emmené un #4 qui peut avantageusement remplacer le 2ème #3 sous l’écaille du 7b+ (L4) et à la sortie du 6c (L5).
- Nous avons abordé la voie en mode « progression fissure », les voies accessibles dans ce style n’étant pas légion. La voie s’y prête très bien, la difficulté obligatoire étant peu élevée (6b ?). J’y ai découvert certains coincements et on se sent vite progresser. Cela dit, un peu de théorie des ringlock avant d’y aller n’aurait pas été de trop.
- Topo détaillé sur le site du Petit clocher du Portalet: https://petitclocherduportalet.ch/face-nord
EDIT: pas de point sous la cheminée du 7b+, il va falloir être solide 😉

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