Le pornographe du topographe, le polisson des cotations

– « Motivée d’une mission portaledge dans le Verdon ? On va voir le Pornographe ?

– Grave, je viens d’en acheter un, j’ai très envie de l’essayer ! …… Heu mais attends, mais c’est 7b oblig’ le Pornographe et j’ai quasiment pas grimpé depuis deux mois !

– Tkt c’est soft !

– Alors d’accord. »

C’est sur la base d’un échange raisonné et constructif avec Noé que je prépare mes affaires pour le Verdon. En début d’après midi, on réfléchit à la stratégie la plus adaptée: repérage à la stat des longueurs du haut, nuit au belvédère, dépose matos dans les rappels de pichenibule puis deux jours sur le mur ? Finalement la motivation était beaucoup plus forte que la logique alors on a choisi l’option kosovare: descente en tout droit par le pilier des écureuils avec tout le matos pour 3 jours sur le mur et une absence totale d’optimisation ! On se rend compte dès le premier hissage de l’absurdité de ce choix. Notre poids ne suffit pas à faire bouger les sacs d’un milimètre. C’est parti pour l’entrainement au big wall !

Ouverture par S. Aldinger en 2012. La voie commence doucement à devenir une classique parmi les voies dures du Verdon. Et c’est largement mérité !

Accès directement par l’avant dernier rappel en clippant 2 points dans le toit ou du sol par la première longueur de la Salsa (7a+ sur le topo, plutôt 6c+).

L1: 6a

La principale difficulté est de ne pas arracher une prise, mais elles sont étonnament solides, on n’a finalement rien fait tomber. L’équipement serré a été apprécié à sa juste valeur !

L2: 8a

LA longueur bien visible et intimidante depuis la ligne de rappels !Elle commence par 20m de rampe aérienne à bacs qui doit valoir un 7a bien physique, qui se termine dans un trou où on peut lâcher les mains. Puis se suivent 3 pas de blocs séparés par des bons repos pendus sur des bacs. Le tout en traversée quasi horizontale, le second n’a pas envie de tomber !

Vu la configuration, ce n’est pas facile de remettre des essais. Noé en a remis un en fixant la stat aux deux relais. Note pour les prochains: avec une poulie tandem et un peu de bricolage, on doit pouvoir redescendre au relais par la plus belle tyro du Verdon !

L3: 7a+

Après du temps passé à caller le 8a et à remettre un essai dedans, la nuit tombe. Je repars à la frontale et complètement pétée en pensant aller dans un 6b. Le bas est bien teigneux, je me bien faite ceuillir ! Je n’enchaine que par égo après un fight mémorable.

L4: 6c

On continue à la frontale sous la pleine lune, l’ambiance est extraordinaire. Très belle longueur dans un style assez exigent.

On pose le ledge au sommet de la longueur, au niveau des mains courantes en très bon état qui relient le jardin des Rideaux au 5c sous le jardin de Pichenibule.

L5: 6b+

Petit pas pour se reveiller en début de longueur, puis encore de la traversée technique et majeure sur des gouttes d’eau énormes.

L6: 6c+

Traversée technique sur les pieds, longueur courte mais jolie.

L7: 7a

Rocher orange qui demande de l’attention en début de longueur, mais rien de traumatisant. Puis 15m de beau rocher orange rési, grande classe. Un peu engagée.

On pose le ledge au sommet de la longueur et on attend l’ombre pour essayer la longueur suivante. On dormira là pour remettre un essai dans le 8a le lendemain. Spoiler: c’était pas top pour l’échauffement.

L8: 8a (7c+?)

Une dizaine de mètres de 6b/c où il faut tout de même se concentrer, puis on arrive dans un bombé gris céusien absolument majeur ! Un petit pas de bloc (une méthode grand tout droit, une méthode nain avec l’inversée dans les pieds à droite) permet d’entrer dans le mur, puis succession de petits pas et de repos pour une très belle longueur rési. Une dernière section difficile avant le dernier point, beaucoup de méthodes possibles. Et enfin un 5c final bien aérien avec 6m depuis le dernier point. Jamais trop intense, un peu moins dur que 8a à mon sens ? Mais bon, je parlerai quand j’aurai enchainé.

L9: 7c

Un peu expo sur les deux premiers points puis équipé loin mais logiquement. Grande grande classe, encore du rocher Ceuse et une traversée émouvante sur pieds dans le blanc en fin de longueur. Encore une fois typé conti, pas de mouve dur mais c’est interminable. Bravo à Noé pour le flash !

Relais plein gaz, c’est l’endroit où l’absence de sellette s’est le plus fait ressentir.

L10: 7b+(++++)

Cotation ressentie plus élevée que pour les longueurs précédentes. Dur et exigeant sur les 10 premiers mètres en rocher gris qui ne laisse pas beaucoup de droit à l’erreur. S’en suivent 15m de 6b/c à bacs absolument majeur dans un rocher de rêve qui rappelle encore et toujours Ceuse. Et enfin un pas de bloc en souplesse avec un pied gauche à remonter vraiment haut et à réussir à charger, puis une adhérence sur non-prises verticales. Allez-y maintenant, j’aimerais pas refaire ce mouve quand le pied sera patiné ! Confiance et ambiance avec l’assureur 40m plus bas, et encore une arrivée au relais assez aérienne (ça veut dire loin du point).

Sortie par Pichenibule (10m de 7c/A0 puis 5c) ou Haute tension (grand 7b+) au choix. Nous on n’a pas hésité longtemps !

Conclusion: Le Verdon de déçoit jamais. Une voie vraiment majeure sur un rocher tout neuf ! Grande grande classe avec un coup de coeur pour les trois longueurs dures du haut qui rappellent Céuse mais avec le gaz du Verdon. Beaucoup de traversées et des points pas juste à côté, mieux vaut une cordée à l’aise dans le 7a à vue dans tous les styles pour un parcours serein. Le parcours sur trois jours est exceptionnel pour s’impregner de l’ambiance du mur et re-essayer les longueurs dures. Mais à refaire, une dépose matos dans le bas de Pichenibule permettrait d’économiser un peu d’énergie ! Et merci à Brassens qui nous a accompagnés pendant toute la voie avec la chanson éponyme.

Allez-y c’est dément !

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