Cadarese: un mois au Disneyland de la fissure

« Et si la liberté consistait à posséder le temps ? »

En arrivant à Cadarese, petite Mecque italienne de l’escalade en fissure, je lis cette phrase de Sylvain Tesson qui résonne tout de suite en moi. J’ai fait tout mon possible pour la mettre en application !

Après un départ hésitant où le trip a failli être annulé pour cause de déluge, la motivation l’emporte: avec Alec on tente, après tout, on trouvera bien de quoi grimper !

Une fois arrivés, on liste la moitié des pays du globe: Chine, Islande, USA … et la totalité des superlatifs que l’on connait pour mettre des mots sur notre excitation. On en prend plein les yeux !

Nos premières escalades sont humides mais on est comme des enfants devant ce petit paradis. On visite tour à tour des secteurs classiques à coup de 7 montées genre gros fight par jour … On est beaucoup trop motivés. Au menu, croiter les classiques: mention spéciale pour Un pomeriggio da Leoni (6c splitter absolument majeur), C’era una volta (une king line malheureusement spitée en 7b+, presque plus abordable pour mes petites mains que le 6c à poings de Fessura fallica par exemple), Mission gin lemon (6b+ splitter qui passe par toutes les tailles), la Freccia (6b+ dièdre et fissure fine, sortie démente), Crack à gogo (7a de conti ultra majeur et varié) … A l’initiative d’Alec on « ouvre » aussi un toit offwidth à gauche de Mustang, variante de départ du 6a+: How OW, 6b+. Matos: un n°4 et un, dans l’idéal deux n°7, plus un petit jeu pour sortir dans le 6a+ de droite. Comme on n’avait que zéro n°7, on s’est lâchement contentés de faire la voie en moulinette, si quelqu’un veut en faire une honnête ascention 😉

Et puis finalement, il ne pleut pas tant, ça sèche vite (mention spéciale pour Mustang et ses voisines, un secteur en dalle qui grimpe sous la pluie) et le secteur Central est complètement abrité.

Avec ces arguments de poids, on motive les copains: de toute façon il ne fait pas meilleur en France. Après une semaine avec Alec, on commence à fatiguer et on est bien contents de voir débarquer Tonio, Nolwen et leur motivation intacte ! On continue notre visite (il faudrait rester des années: un mois plus tard on n’aura même pas mis le pied dans tous les secteurs) et on commence plus à mettre des montées dans ce qui deviendra le projet du séjour: Mustang, un pur splitter à doigts en 7c. De mon côté, la méthode « nains » du pas de bloc me résiste et je peine à mettre des essais. De plus, les protections bouchant les prises de main, je ne peux pas mettre des auto-moulinettes comme à mon habitude. Il faut accepter protéger sous soi et surtout de protéger moins. Bref, c’est pas gagné. En plus, on a le plus grand mal à se souvenir de nos méthodes: c’est la même prise de bas en haut !

Mustang, une kingline à apprivoiser – Photos Antonin Rhodes

Après encore une semaine de coincements où on trouve encore l’energie de poser un devis dans chaque ligne de la falaise, nous sommes bien pauvres en peau quand nous voyons partir Alec et Nono. Bien fatigués, aussi. Les pépites pour lesquelles on reviendra: Bookofcake, Turkey Crack, et surtout LA king line de Cadarese: The Doors. En attendant, Guilhaume nous rejoint et nous porte le coup fatal: trois jours d’escalade d’affilée. On profite surtout du secteur central abrité de la pluie, avec quelques montées dans Grazzie Rockie (8a), une ligne variée sur la droite. Seul Tonio fera la croix, pour ma part j’abandonne avec les phalanges en sang, incapable de mettre plus d’une montée décente ! A ce stade, on commence à être plus proches du cadavre que du grimpeur.

L’Arco et la Freccia, deux beaux 6b+ au secteur Trad Alto – Photos Antonin Rhodes

Avec Tonio, on grapille les derniers 6 qu’il nous manque, comme Spada di Damocle, une petite pépite en 6c+ perchée sur sa vire. Attention au rappel de descente où un bloc en équilibre est peu visible depuis le haut et dangeureux !! On réussit enfin à remettre quelques montées dans Mustang entre les gouttes et les autres grimpeurs. Ca pourrait marcher, mais on commence à être vraiment KO après trois semaines de fissure ! Un jour de repos au lac Majeur et on revient motivés à en finir avec ce cheval sauvage. On fait deux 6c « d’échauffement » où je ne fais même pas tous les mouves ! Aie, ça promet. Je fais le deuil de la croix: trop fatiguée, mal géré, je reviendrai cet automne ! Heureusement l’escalade est un sport magique et je fais une montée où je me laisse tomber au pas de bloc, avec de RANDONNER la suite comme je ne l’ai jamais grimpée, avec deux (!) friends de plus que d’habitude, d’arriver au relais et de me demander ce qui s’est passé. Puis une montée où je tombe tout en haut après m’être mis la pression … Et un dernier run sous la bruine, pétée du début à la fin, où je grimpe trop fatiguée pour réfléchir au fait de faire la croix (et au 0.3 en moins) et ça marche ! C’est fou l’impact du cerveau en escalade … Double croix avec Tonio qui enchaine juste avant moi 🙂

Turkey Crack et Lo sceriffo di cadda – Photos Antonin Rhodes

Ca y est, on a enfin le droit de rentabiliser les 300 autres pages du topo ! Le lendemain, on est partis avec comme critère n°1 « pas trop de marche d’approche » visiter un spot équipé: Ponte Romano. De belles lignes dans le 6 et le 7. Et encore un enchainement improbable pour moi ! Il Fossible, un 7b+ avec un sombre jeté latétal en déséquilibre type lancer de pied et maxi porte, pas trop une capacité travaillée ces derniers temps. Après deux montées sans réussir tous les mouves, un éclair de motivation me traverse et j’y retourne pour run d’enchainement complètement taquet. Comme quoi, un mois de fissure et on tient encore un peu les arquées !

Yosesigo – Supersimpson (6c+), notez la quantité de jaunes et de bleus !

Un jour de repos bien mérité et on monte à Yosesigo, falaise pur trad loin de tout mais pas des foules: les deux heures de marche d’approche n’effraient plus personne et on peine à trouver une ligne de libre le samedi. C’est vrai aussi qu’en trad, la tendence semble être à se « cotiser » pour monter une corde au relais, puis monopoliser la ligne tout l’après-midi pour y enchainer les moulinettes ! On sera plus tranquilles le dimanche et on fait tout ce que notre peau et nos bras meurtris acceptent encore. Petite sélection: Supersimpson un 6c+ mythique et interminable (je suis partie avec 7 n°2 au baudrier et je les ai tous mis !), Fancazzisti all’opera un 6a+ offwidth qui sera le combat du week-end, Emma mae un 7a à gauche du premier secteur, pas vraiment de l’escalade en fissure, fin à protéger, mais absolument majeur !! D’ailleurs ça a souvent été le cas à Yosesigo: les ouvreurs ont choisi les cotes américaines car le site était très très typé splitter (vrai) mais finalement les crux se jouent rarement en coincements pour les voies qu’on a faites ! On n’avait ni le matériel ni l’energie pour une montée dans Full Metal Jacket, mais une chose est sûre: on reviendra.

Sélection de pépites de Cadarese !

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