Ouverture dans le Verdon: Friendship

J’adore le Verdon. J’adore l’ambiance, l’histoire, le rocher, les moments que j’y passe. Tout. Alors y ouvrir une voie du bas, en rive droite, et en plus dans un rocher de dingue … C’est un petit rêve de réalisé. Merci Ivan !

Ouverture le 20 et 21 mars 2026. Puis 3 journées de nettoyage courant avril / début mai en redescendant dans la voie depuis le plateau, j’en ai profité pour libérer en tête les trois longueurs grimpantes (le reste avait déjà été enchainé à l’ouverture) et établir les cotations. On attend les avis des répétiteurs !

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Récit de l’ouverture par Ivan:

Juliette est une personne surprenante, qui au fil du temps est devenue une amie chère.
Bien souvent, j’admire certains traits de caractère des personnes que je côtoie. Concernant Juliette, c’est son éternel optimisme. Qu’importe l’activité, elle est de bonne humeur : salle de bloc, grande voie, couenne, toujours partante et toujours contente. Une motivation à toute épreuve.
En voyant une grande fissure rayant une paroi d’apparence vierge, elle m’a tout de suite proposé d’aller y jeter un œil pour une potentielle nouvelle ligne. Alors certes, elle connaît mon appétence pour l’ouverture. Mais connaissant mon niveau dans ce style, je n’ai pu m’empêcher de penser que l’optimisme se rapprochait alors de la candeur.
Après une rapide pêche aux infos chez le Graou du coin, nous passons une bonne journée de bartasse pour parvenir au pied de la paroi.
Sur les 200 m, la fissure en raye près de la moitié avant de venir buter sous un surplomb. En prenant un peu de hauteur, on se rend bien compte que la deuxième partie se couche et devient un peu plus végétale, un labyrinthe où il faudra se faufiler entre arbres et rochers un peu branlants.
De la belle fissure pour Juliette, de la végétation et un peu de mauvais rocher pour moi. Une voie qui semble tout cocher pour une cordée complète. Après une vague hésitation, je dis oui au projet, l’objectif étant de partir du bas, en valorisant au maximum les moyens de protection naturels pour s’offrir une belle voie en terrain d’aventure !
Quelques semaines plus tard, le 20 mars 2026, jour de mes 30 ans, nous sommes à pied d’œuvre. Pitons, friends, sangles, marteau, perforateur, cordes… Les sacs sont lourds, mais notre esprit prend déjà de la hauteur !
Il est midi, Juliette me fait découvrir ce beau rappel qu’elle a équipé, permettant un accès optimum. Quelques minutes plus tard, nous voici dans ce couloir étroit et quelque peu austère qui marque le pied de la paroi.
Pas un nuage à l’horizon, mais dans ce coin encaissé, nous sommes à l’ombre, et celle-ci ne nous quittera pas. Tout comme ce froid vif qui ne fera que s’intensifier le long de cette petite aventure.
Il semblerait que cette paroi, qui fait face au belvédère du Tilleul, soit l’une des seules de ce côté du Verdon (rive droite) à ne jamais voir le soleil.
Pour parfaire le tout, la fissure est en grande partie mouillée, nos baudriers sont lourds, et l’inconnu est total.

Péniblement et lentement, nous ouvrons les trois premières longueurs. 19 h, il fait nuit, il est temps de battre en retraite ! Usés, mais ravis, le rocher est superbe, et la pose de protection facile. Seulement trois goujons répartis sur ces premiers 90 m.
On fixe nos cordes comme on peut à la frontale, remontons par un couloir scabreux, glissant et quelque peu exposé. Enfin le parking, et à nouveau ce vent qui continue de nous glacer.
Un peu misérables, nous partageons un plat de riz tiède avant de vite regagner tente ou Xantia pour sombrer dans un sommeil mérité.
Le lendemain matin, il fait toujours froid, mais il n’y a plus de ciel bleu, ce qui est moins frustrant ! L’ambiance est grise et humide, et l’esprit un peu embrumé par la fatigue. La réalité nous rattrape vite quand un des fractios cède sous mon poids. Une chute sans gravité, mais qui aura le mérite de bien nous réveiller ! Le lourd sac est hissé péniblement, les cordes démêlées patiemment, les friends rangés soigneusement.
Il est temps pour Juliette de partir dans sa longueur. Rapidement, la fissure se bouche, et la paroi se redresse. S’en suis un long combat, ponctué de mouvements audacieux, d’artif sur points précaires, et de plusieurs chutes. Près de 3h ont passés quand elle se redresse finalement sur la vire salvatrice et plante les deux goujons du relais. Une joie commune nous envahi alors : Le crux est passé !
L’ouverture, c’est l’éloge de la patience. L’inconfort et l’attente de l’assureur immobile, en opposition aux gesticulations et au stress permanent du leader. Des postes qui s’échangent à chaque longueur, tout comme le matériel.
C’est ainsi que, chacun connaissant le rôle de l’autre, un soutien mutuel naît et reste présent tout au long des heures suspendues.
Malgré le froid et la fatigue, l’union ne cède pas. Au contraire, le lien s’épaissit. C’est dans ces moments que le binôme devient plus que jamais une cordée.
Nous voici donc au-dessus du bombé, signe que les difficultés techniques sont derrière nous. Face à nous, quelques mètres de rocher, puis c’est le mystère. La journée est déjà bien entamée, et il nous faut faire vite !
Le premier ressaut rocheux est franchi, je me faufile alors, tant bien que mal, entre rochers branlants et végétation bien présente. Mains dans la mousse et pieds sur des arbres, me voilà enfin dans mon style de prédilection. Mais il faut reconnaître que cette longueur n’a pas fait l’unanimité…
Ces dernières longueurs, plus faciles, vont plus vite, mais le hissage du sac devient pénible et fastidieux.
Le support est également plus fracturé, il faut donc être un peu plus méticuleux dans le choix des prises.
La nuit tombe quand j’atteins enfin le plateau. Un dernier relais sur arbre, un ultime hissage laborieux, quelques derniers démêlages de corde, et nous voici à nouveau sur un support horizontal.
Rapidement, les frontales sont allumées, le matériel est rangé sommairement, et nous filons en direction de la route. À la vue de la voiture, nous nous relâchons enfin. Fatigués, gorges sèches, hanches douloureuses, mains abîmées, ventre vide. Tous ces symptômes qui sont synonymes d’une aventure exigeante, forte et intense.
Les deux heures de voiture ne suffisent pas à déterminer un nom qui nous convienne à tous les deux.
Comment résumer en quelques mots une aventure humaine de deux jours ?
Heureusement, la nuit porte conseil, et au matin, ce nom qui a sonné comme une évidence. «Friendship», hommage à notre amitié et au matériel utilisé principalement. Les deux ingrédients qui ont été nécessaires à cette aventure.
Merci à Juliette pour ce petit moment hors du temps.
Une ouverture du bas, dans une des rares fissures encore vierges du Verdon, c’est un sacré cadeau d’anniversaire ! »

Topo

Parking au belvédère du Tilleul (depuis la Palud, prendre la route des crêtes, passer le belvédère de la dent d’Aire, c’est le premier de la descente juste avant le tunnel).

Approche (30′):

Depuis le belvédère du Tilleul, dans le sens descente, suivre la sente bien cairnée qui descend après la rembarde. C’est le chamin d’accès au secteur de couenne. À la fin de la troisième main courante, le chemin plonge dans un bosquet. En sortant il tourne à droite et traverse sous une double baume (la voie est visible en face). A son extrémité, quitter le sentier du secteur couenne qui continue à longer la falaise (juste avant un changement d’orientation marqué) et descendre droit la pente quelques mètres. Traverser à gauche au dessus du couloir raide pour trouver une main courante jaune cachée derrière les genévriers. Le rappel de 45m est au bout.

Ensuite, rejoindre le pied de la fissure bien visible par une petite (scabreuse) sente cairnée (10min). Depuis le goulet, repérer la fissure de L1 en oblique gauche à l’aplomb d’un gros chêne.

L1: 6a 35m

Un petit pas de bloc puis traversée en oblique gauche puis fissure raide (un gros bloc coincé) jusqu’au chêne. Remonter le jardin jusqu’à un chêne (relais possible, moins confortable) et suivre une fissure encore 5 m jusqu’à une vire.

R1 lunule (anneau en place) + friends moyens

L2: 6b 20m

Rejoindre la vire puis trois belles fissures au choix, combinaison conseillée (et nettoyée): droite puis milieu. Economiser les #1.

R2 sur la vire à gauche sur goujon + friend moyen

L3: 6b+ 35m

Fissure évidente, économiser les #3. Une lunule en place.

R3 sous la colo sur 2 goujons

L4: 7a 20m

Contourner la colo par la droite puis revenir vers la fissure (1 goujon) que l’on suit jusqu’au bombé. Puis des bacs dans du dévers (2 goujons), très concrétionné, dément ! Un pas obligatoire au-dessus du deuxième goujon. Une lunule en place à la sortie.

R4 terrasse à droite sur 2 goujons

L5: 6arbre 35m

Mur raide puis forêt tout droit. 3 anneaux de corde pour montrer l’itinéraire.

R5 sur petits friends sur une vire juste au-dessus d’un chêne pourri

Photos: nettoyage de L5 et avant/après de la sortie !

L6: 5a 30m

Dièdre / cheminée facile puis petit mur final un peu plus raide au-dessus d’un piton.

R6 friends petits + piton au pied de la facette finale

L7: 6a 40m

Rampe vers la droite puis droit vers le sommet (fissure), un piton.

R6 arbre

Retour (10′):

Remonter à vue vers la route.

Matériel:

Quelques gros câblés, un jeu de friends de #0.2 à #5, doubler de #0.5 à #3, tripler le #1 et le #3 pour être confort. Au moins 3-4 sangles.

Marteau et pitons inutiles, gants de fissure fortement conseillés.

Orientation nord-ouest, la fissure ne voit quasiment jamais le soleil, bien au frais.

En cas de but:

  • Soit contourner la falaise (sanglier) jusqu’à retrouver un chemin de chasseurs qui remonte un petit goulet (une main courante), puis remonter le plateau: long et un peu paumatoire.
  • Soit rejoindre le secteur de couenne (plus rapide mais plusieurs passages expo): remonter en rive gauche du goulet de départ de la voie, rapidement rejoindre un large dièdre incliné en rocher pourri. Rejoindre le sommet d’un bequet, un pas aérien permet de reprendre pied sur la face raide, la remonter jusqu’au secteur de couenne. Puis remonter par le chemin d’accès.

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